ECO : ce qu’il faut savoir avant son lancement en 2027
Des publications affirment que le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Gambie et la Guinée ont rejeté l’ECO, la future monnaie unique de la CEDEAO. Cette affirmation recycle en réalité un désaccord remontant à 2020. Le lancement du projet régional de monnaie commune reste officiellement prévu pour 2027, mais les premiers États bénéficiaires et plusieurs de ses modalités ne sont pas encore connus. Quant au Mali, sa sortie de la CEDEAO lui confère une situation particulière.
Depuis quelques jours, plusieurs publications Facebook affirment que le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Gambie et la Guinée ont rejeté l’ECO. L’information apparaît dans des publications écrites, comme ici (1 et 2), mais également dans une vidéo en langue fulfulde.
La même affirmation a été relayée dans une vidéo publiée par la page Facebook « Thierno BT ». Quatre heures seulement après sa mise en ligne, la séquence totalisait déjà plus de 33 000 vues et 290 partages. Dans ses informations publiques, la page indique être située à Paris, en France.
Ces informations reprennent un désaccord apparu en 2020, sans tenir compte des décisions prises depuis. Le 19 juillet 2026, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont au contraire réaffirmé leur objectif de lancer progressivement l’ECO en 2027.
Un désaccord de 2020 présenté comme nouveau
Pour comprendre la confusion, il faut distinguer le projet de monnaie unique de la CEDEAO de la réforme du franc CFA annoncée en décembre 2019 par le président français et son homologue ivoirien.
En juin 2019, les États de la CEDEAO avaient trouvé un consensus sur le nom « ECO » pour leur future monnaie commune. Le projet prévoyait notamment un régime de change flexible, une politique monétaire centrée sur le contrôle de l’inflation et une banque centrale commune.
Le 21 décembre de la même année, le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue français Emmanuel Macron ont annoncé une réforme du franc CFA utilisé dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Parmi les changements envisagés figurait l’utilisation du nom « ECO », parallèlement à la suppression de la centralisation d’une partie des réserves de change auprès du Trésor français et au retrait des représentants français de certaines instances de décision.
Cette réforme conservait toutefois la parité fixe entre le franc CFA et l’euro ainsi que la garantie de convertibilité accordée par la France. Elle ne correspondait donc pas entièrement au modèle de monnaie unique à change flexible discuté par la CEDEAO.
En janvier 2020, les six membres de la Zone monétaire ouest-africaine (Nigeria, Ghana, Gambie, Guinée, Liberia et Sierra Leone) ont contesté ce qu’ils considéraient comme une utilisation unilatérale du nom « ECO » par les pays de l’UEMOA. Ils ne rejetaient pas le principe d’une monnaie commune pour toute la CEDEAO, mais la manière dont le nom avait été repris pour la réforme du franc CFA.
En juin 2020, la présidence nigériane avait ainsi appelé les États à respecter le processus convenu, tout en rappelant les progrès réalisés vers l’objectif collectif d’une monnaie régionale. La déclaration officielle du Nigeria exprimait donc des réserves sur les modalités de mise en œuvre, et non un abandon du projet.
Pour le cas de la Guinée, selon le porte-parole du gouvernement guinéen Ousmane Gaoual Diallo, le pays prend part aux discussions en cours, sans pour autant annoncer une décision définitive. Il affirme toutefois que le dirigeant guinéen a fait le choix de garder le franc guinéen (Gnf) pour le moment.
Un lancement progressif à partir de 2027
Après plusieurs reports, la CEDEAO a adopté en 2021 une nouvelle feuille de route fixant 2027 comme objectif pour le lancement de l’ECO. Le dernier sommet de l’organisation, tenu le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, a maintenu cette échéance.
D’après le communiqué final de la rencontre, la monnaie sera d’abord introduite dans les pays qui respectent les critères de convergence et qui sont prêts à participer. Les autres pourront rejoindre progressivement la nouvelle zone monétaire.
Les dirigeants ou représentants du Nigeria, du Ghana, de la Gambie, de la Guinée et de la Sierra Leone ont participé à ce sommet. La Guinée a même demandé à intégrer la Task Force présidentielle chargée du programme de la monnaie unique. Cette demande a été acceptée par la CEDEAO.
Ces éléments ne permettent donc pas d’affirmer que ces cinq pays ont récemment rejeté l’ECO. En revanche, ils ne prouvent pas non plus qu’ils feront tous partie du premier groupe d’utilisateurs. La CEDEAO n’a pas encore publié la liste des États qui adopteront effectivement la monnaie dès son lancement.
Des critères économiques difficiles à respecter
Pour rejoindre la future zone ECO, les États doivent notamment respecter quatre critères économiques de premier rang : un déficit budgétaire inférieur ou égal à 3 % du produit intérieur brut ; une inflation annuelle moyenne ne dépassant pas 5 % ; un financement du déficit public par la banque centrale limité à 10 % des recettes fiscales de l’année précédente ; des réserves extérieures couvrant au moins trois mois d’importations.
Deux autres critères portent sur une dette publique ne dépassant pas 70 % du produit intérieur brut (PIB) et une variation du taux de change nominal contenue dans une marge de 10 %.
Selon le rapport de convergence macroéconomique de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest, seuls le Bénin et le Cabo Verde avaient respecté les quatre critères de premier rang en 2024. Le Bénin était le seul pays à respecter l’ensemble des six critères.
Le même rapport projetait que le Bénin, le Cabo Verde, la Côte d’Ivoire et le Togo pourraient satisfaire aux quatre principaux critères en 2025. Il s’agissait toutefois de prévisions et non de la composition officielle du premier groupe de pays devant utiliser l’ECO.
D’autres questions restent également à régler, notamment la gouvernance de la future banque centrale, les procédures de vote, la gestion des réserves, le siège de l’institution et l’harmonisation des réglementations bancaires. Le communiqué de juillet 2026 reconnaît d’ailleurs l’existence de « questions en suspens » nécessitant encore un consensus.
L’année 2027 doit donc être présentée comme l’objectif officiel de la CEDEAO, et non comme la garantie que les billets et pièces de l’ECO entreront nécessairement en circulation à cette date.

Une situation particulière pour le Mali « AES »
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement cessé d’être membres de la CEDEAO le 29 janvier 2025. Le Mali ne fait donc plus directement partie du programme monétaire porté par cette organisation.
Le pays demeure cependant membre de l’UEMOA, aux côtés du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Niger, du Sénégal et du Togo. Ces huit États continuent d’utiliser le franc CFA émis par la BCEAO, comme le rappelle le plan stratégique 2025-2030 de l’UEMOA.
La sortie du Mali de la CEDEAO ne signifie donc pas son retrait de l’UEMOA ni l’abandon immédiat du franc CFA. Aucun document officiel consulté ne permet non plus d’affirmer que l’ECO remplacera automatiquement le franc CFA au Mali en 2027.
Si certains membres de l’UEMOA rejoignent l’ECO alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent en dehors de la CEDEAO, l’avenir de l’actuelle union monétaire devra faire l’objet de décisions politiques et institutionnelles. À ce jour, ces décisions n’ont pas été rendues publiques.
L’affirmation selon laquelle le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Gambie auraient récemment rejeté l’ECO est donc trompeuse, mais elle est partiellement vraie pour celle de la Guinée. Elle transforme une contestation datant de 2020, portant sur l’utilisation du nom et les modalités du projet, en un refus actuel de la monnaie unique. Mais affirmer que l’ECO sera certainement en circulation en 2027 serait également prématuré : l’échéance est maintenue, mais les premiers États bénéficiaires et plusieurs règles fondamentales restent encore à déterminer.
Oumar Maïga