Électricité : deux affirmations de Boubou Mabel Diawara sur la Côte d’Ivoire et l’énergie solaire vérifiées
Dans une séquence en bamanankan extraite d’un direct et republiée sur les réseaux sociaux, le web-activiste Boubou Mabel Diawara affirme que la facture d’électricité des Ivoiriens a augmenté de 25 % et que produire un kilowattheure avec l’énergie solaire coûte 5 FCFA. La première affirmation est partiellement vraie et la seconde est trompeuse.
La séquence provient d’une longue émission en direct diffusée simultanément sur plusieurs pages Facebook et TikTok, avant que certains passages soient repris par d’autres comptes. Boubou Mabel Diawara y déclare, en bamanankan : « Aujourd’hui, la facture des Ivoiriens a augmenté de 25 %. » Il demande ensuite : « Savez-vous à combien on produit un kWh d’électricité avec le solaire ? C’est 5 FCFA. » Traduction française de la rédaction.
Pour vérifier ces déclarations, MoptiCheck a contacté Boubou Mabel Diawara afin de connaître la provenance de ses chiffres. Interrogé sur la hausse des factures d’électricité en Côte d’Ivoire, il n’a pas souhaité faire de commentaire et nous a renvoyés vers les autorités ivoiriennes. Concernant l’énergie solaire, il a affirmé avoir donné une fourchette et nous a orientés vers l’Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et de l’électrification rurale (AMADER) pour davantage de précisions.
Pour la vérification, nous avons consulté les décisions du gouvernement ivoirien sur les tarifs de l’électricité, ainsi que des données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), de la Banque mondiale et du gouvernement malien.
Précision : le prix de l’électricité produite s’exprime par kilowattheure, noté kWh. Le kilowatt, ou kW, désigne la puissance d’une centrale ou d’un appareil. La principale comparaison utilisée dans cet article repose sur le coût actualisé de l’électricité, ou LCOE. Cet indicateur répartit sur la durée de vie d’une centrale les dépenses d’investissement, de financement, d’exploitation et de maintenance, en fonction de l’électricité produite.
Des augmentations différentes selon les abonnés
La Côte d’Ivoire a effectivement procédé à deux ajustements successifs des tarifs de l’électricité, en juillet 2023 puis en janvier 2024. Mais ces ajustements ne permettent pas d’affirmer que les tarifs, et encore moins les factures, ont augmenté uniformément de 25 % pour tous les Ivoiriens.
À compter du 1er juillet 2023, les abonnés domestiques disposant de compteurs de 5 ou 10 ampères n’ont subi aucune augmentation. La hausse était de 10 % pour les abonnés domestiques de 15 ampères et plus, les professionnels et les installations triphasées. Elle atteignait 15 % pour les abonnés de la moyenne et de la haute tension. Le gouvernement ivoirien précisait alors que 89 % des abonnés n’étaient pas concernés par ce premier ajustement.
Une seconde hausse de 10 %, applicable cette fois à l’ensemble des abonnés, est entrée en vigueur le 1er janvier 2024. Selon l’annonce officielle du gouvernement ivoirien, le prix moyen de vente de l’électricité est ainsi passé de 79 à 87 FCFA/kWh.
Le cumul des hausses tarifaires diffère donc selon les catégories. Pour les abonnés domestiques de 5 et 10 ampères, il est de 10 %. Pour ceux de 15 ampères et plus ainsi que les professionnels, il atteint 21 %. Pour la moyenne et la haute tension, il s’élève à 26,5 %.
Deux augmentations successives de 15 % et 10 % ne donnent pas exactement 25 %, car la seconde s’applique sur un tarif déjà augmenté : 1,15 multiplié par 1,10 donne 1,265, soit 26,5 %. De plus, l’évolution d’une facture dépend également de la consommation et des autres composantes facturées.
Le chiffre de 25 % peut donc constituer une approximation de la hausse cumulée appliquée à certaines catégories d’abonnés. Mais il est trompeur lorsqu’il est présenté comme une augmentation uniforme de « la facture des Ivoiriens ».
Un coût solaire très supérieur à 5 FCFA
Le soleil est gratuit, mais l’électricité produite à partir de panneaux solaires ne l’est pas. Il faut financer la construction de la centrale, les panneaux, les onduleurs, le terrain, le raccordement au réseau, l’entretien et le remplacement de certains équipements. Le coût varie aussi selon l’ensoleillement, la taille du projet, les conditions de financement et l’utilisation ou non de batteries.
Dans son rapport sur les coûts de production en 2025, l’IRENA estime que le coût actualisé moyen mondial de l’électricité produite par les nouvelles centrales photovoltaïques à grande échelle était de 44 dollars par mégawattheure. Cela correspond à 0,044 dollar par kWh, soit environ 25 FCFA/kWh.
Dans les grands marchés où les coûts moyens du solaire figurent parmi les plus faibles, l’IRENA relève 35 dollars/MWh en Inde et 36 dollars/MWh en Chine, soit approximativement 20 FCFA/kWh. Il s’agit de moyennes nationales, et non d’un prix minimal universel. Ces estimations prennent notamment en compte les coûts d’installation, d’ingénierie et de financement. Consulter le rapport 2025 de l’IRENA.

Lorsque des batteries sont ajoutées pour rendre l’électricité disponible en dehors des heures d’ensoleillement, le coût augmente. Dans un rapport distinct publié en mai 2026, l’IRENA modélise, pour 2025, des coûts compris entre environ 65 et 82 dollars/MWh sur plusieurs sites solaires de grande qualité, avec un objectif de fiabilité de 95 %, soit près de 37 à 47 FCFA/kWh. Il s’agit de simulations dépendant notamment du site, du financement et des hypothèses technologiques, et non de tarifs observés dans tous les pays.
Au Mali, les données disponibles apportent également des points de comparaison, mais elles portent sur des prix négociés avec les producteurs, et non sur le coût actualisé de production. Dans un document publié en 2023, la Banque mondiale indique que les prix négociés avec les projets solaires privés dépassaient 0,10 dollar par kWh, soit approximativement 55 à 60 FCFA.

En 2021, le projet de centrale solaire de Fana avait fait l’objet d’un contrat d’achat fixant le prix de cession à EDM-SA à 55 FCFA/kWh. Le ministère malien de l’Économie et des Finances le présentait alors comme l’un des meilleurs prix négociés au Mali.
Ces prix de cession ne sont pas strictement identiques au coût technique de production, puisqu’ils peuvent inclure la rémunération du producteur. Ils constituent donc des éléments de contexte, tandis que les données de l’IRENA permettent la comparaison avec un coût complet. Ces références montrent que 5 FCFA ne correspond pas au coût complet habituel d’un kilowattheure solaire. Ce montant pourrait, tout au plus, désigner certaines dépenses d’exploitation après la construction, en excluant l’investissement, le financement et le stockage. Boubou Mabel Diawara n’apporte cependant aucune de ces précisions.
Le verdict
L’affirmation selon laquelle la facture des Ivoiriens a augmenté de 25 % est partiellement vraie. Les tarifs n’ont pas augmenté uniformément pour tous les abonnés : le cumul des deux ajustements atteint 10 %, 21 % ou 26,5 % selon les catégories. L’évolution de la facture proprement dite dépend également de la consommation et des autres composantes facturées.
La seconde affirmation, selon laquelle produire un kilowattheure solaire coûte 5 FCFA, est trompeuse lorsqu’elle est présentée comme un coût complet. Pour les nouvelles centrales photovoltaïques à grande échelle, l’IRENA situe le coût actualisé moyen mondial à environ 25 FCFA/kWh en 2025, tandis que les moyennes relevées en Inde et en Chine se situent autour de 20 FCFA/kWh. Ces coûts varient selon les projets et augmentent généralement lorsque le stockage par batteries est ajouté.
L’électricité solaire reste l’une des sources les plus compétitives pour les nouvelles centrales. Mais affirmer qu’elle coûte uniformément 5 FCFA/kWh revient à exclure une grande partie des dépenses indispensables à sa production.
Oumar Kontao