Rapport EMOP 2025 : près d’un Malien sur deux vit sous le seuil de pauvreté

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Près d’un Malien sur deux vit toujours dans la pauvreté. Selon le rapport annuel 2025 de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP), publié, en mai dernier, par l’Institut national de la statistique (INSTAT), 44,6 % de la population vit sous le seuil national de pauvreté.

Cette édition introduit une nouvelle méthode d’évaluation basée sur le coût des besoins essentiels. Selon cette approche, une personne est considérée comme pauvre lorsque ses dépenses annuelles de consommation sont inférieures à 313 000 FCFA, un montant correspondant aux dépenses minimales nécessaires pour satisfaire les besoins alimentaires et non alimentaires.

L’enquête met en évidence une profonde fracture territoriale. À Bamako, le taux de pauvreté s’établit à 17,4 %, contre 29 % dans les autres centres urbains. En milieu rural, en revanche, 53,8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit plus d’un habitant sur deux.

San, la région la plus touchée

Les disparités sont également marquées entre les régions. San (70 %), Koutiala (69,4 %), Dioïla (66,1 %) et Sikasso (64,2 %) enregistrent les taux les plus élevés. À l’inverse, Kidal (3,1 %), Bamako (17,4 %), Ménaka (21,4 %) et Tombouctou (22,4 %) affichent les niveaux les plus faibles.

L’INSTAT invite toutefois à interpréter avec prudence les résultats de Kidal, où l’enquête n’a pu être réalisée que dans la ville de Kidal.

Le rapport confirme que la taille du ménage constitue l’un des principaux facteurs de vulnérabilité. Le taux de pauvreté atteint 66,7 % dans les ménages de seize personnes ou plus, contre 3,7 % seulement dans ceux composés d’une à trois personnes.

Le niveau d’instruction demeure aussi un facteur déterminant. Les ménages dirigés par une personne sans instruction affichent un taux de pauvreté de 51,6 %, contre 12,1 % lorsque le chef de ménage possède un niveau d’études supérieures. Pour l’INSTAT, ces résultats illustrent le rôle central de l’éducation dans l’amélioration des revenus et des conditions de vie.

L’étude montre par ailleurs que les personnes vivant dans un ménage dirigé par un homme présentent un taux de pauvreté de 46 %, contre 24,1 % pour celles appartenant à un ménage dirigé par une femme.

Un déficit à 1 000 milliards de FCFA

Au-delà du taux de pauvreté, l’INSTAT estime à 1 007,06 milliards de FCFA le déficit global de consommation, c’est-à-dire le montant qu’il faudrait mobiliser pour permettre à l’ensemble des personnes pauvres d’atteindre le seuil national de pauvreté.

Selon le rapport, la région de Mopti tire son épingle du jeu en ce qui concerne l’accès aux services sociaux de base. Ainsi, le taux d’accès à l’électricité est de 81,7 %, celui de l’accès à l’eau potable est de 99,2 %. En matière d’hygiène, la proportion de ménages utilisant les équipements (chasse, fosse, latrines) est de 98,2 %.

L’effort d’investissement, montant total des aides nécessaires pour sortir les pauvres de la pauvreté, dans la région de Mopti est estimé à 48,32 milliards de FCFA.

Face à ce constat, l’Institut recommande de renforcer les investissements dans l’éducation, l’alphabétisation, l’accès aux produits alimentaires de base ainsi que les infrastructures et les services essentiels, notamment dans les zones rurales où la pauvreté demeure la plus élevée.

Ces résultats rappellent que la lutte contre la pauvreté reste l’un des principaux défis du Mali. Au-delà de la croissance économique, les données de l’EMOP soulignent l’importance de politiques publiques capables de réduire les inégalités entre les régions et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations les plus vulnérables.

Oumar Kontao

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