Mopti : la lutte contre la désinformation à l’agenda des autorités locales
Face à la multiplication des fausses informations, la région de Mopti mise sur le renforcement des capacités des acteurs de l’information. Les 30 juin et 1er juillet 2026, un atelier de formation a réuni des journalistes et des membres de la société civile autour des enjeux de la lutte contre la désinformation.
Initiée par le gouverneur de la région de Mopti, le général de brigade Daouda Dembélé, cette rencontre visait à doter les participants d’outils pratiques pour identifier, vérifier et contrer les fausses informations, devenues un défi majeur dans le contexte sécuritaire et social du Mali.
« Cet atelier s’inscrit en droite ligne de la vision des hautes autorités du pays pour la restauration de l’autorité de l’État sur les plateformes des réseaux sociaux », a déclaré le gouverneur lors de la cérémonie d’ouverture.
Dérogation pour les journalistes
Pendant deux jours, des experts locaux et nationaux ont animé plusieurs sessions consacrées à la désinformation, à ses différentes formes et à ses conséquences sur la société. Les communications portaient sur les techniques de fact-checking, la responsabilité sociale du journaliste, la loi portant répression de la cybercriminalité au Mali, la protection des données à caractère personnel ainsi qu’aux missions de l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP).
Selon Dr Gabou Diop, coordinateur des antennes régionales de l’APDP, la protection des données à caractère personnel trouve son fondement dans des traités internationaux, mais surtout dans la Constitution de juillet 2023, qui consacre explicitement cette notion dans son article 12 : « Le domicile, le domaine privé, la vie privée et familiale, les données à caractère personnel, le secret de la correspondance et des communications sont inviolables. Il ne peut y être porté atteinte que dans les conditions prévues par la loi ».
Il a également rappelé les dérogations dont bénéficient les journalistes dans la collecte et le traitement des données à caractère personnel.
Quant au premier substitut du procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Mopti, Lassina Coulibaly, il a rappelé que la loi portant répression de la cybercriminalité de 2019 ne vise pas uniquement les journalistes. Il a également expliqué la compétence du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité ainsi que les modalités permettant aux citoyens ne résidant pas à Bamako de saisir cette juridiction.
Expérience de terrain
L’atelier a aussi offert un cadre de dialogue entre de jeunes journalistes et des professionnels expérimentés des médias. L’actuel directeur régional de la station régionale de l’ORTM, Oumar Maiga et ses anciens collègues, Adama Djimdé et Yacouba Maïga ont partagé des expériences de terrain lors de la crise de 2012 ou encore lors des attaques terroristes ayant visé Ogossagou et Sobane Da.
« La désinformation peut créer des tensions et amplifier le conflit. Lors de l’attaque de Sobane Da en 2019, la communication du premier bilan était venue à partir d’une mésinformation d’un maire. Cela a eu pour conséquence la diffusion d’un faux bilan à la télévision nationale et dans les médias locaux et internationaux. Après, la vérification du bilan a été revu à la baisse, mais le coup était déjà parti », témoigne Yacouba Maïga.

Ces échanges ont permis aux participants de mieux comprendre les exigences du métier, les règles déontologiques ainsi que les défis liés à l’exercice du journalisme dans un contexte marqué par l’insécurité et la circulation rapide de l’information sur les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, la région de Mopti n’a pas de presse écrite ni de chaîne de télévision. Ce sont les radios et les médias en ligne qui dominent le secteur. Mais, selon Sory Traoré, après l’avènement des premières radios après 1992, des journalistes locaux avaient créé deux journaux, Le Mopticien et Mopti Info. « Malheureusement, on était confronté à un problème d’argent pour assurer la logistique car l’imprimerie était à Bamako. Cela nous a amené à abandonner les projets», explique-t-il.
L’accès à l’information
À l’issue des travaux, les participants ont formulé plusieurs recommandations à l’endroit des autorités régionales. Ils ont notamment plaidé pour un meilleur accès à l’information publique, le renforcement de la collaboration entre les services publics et les médias, ainsi que l’amélioration des conditions de travail des journalistes.
Selon eux, ces mesures permettraient d’améliorer la qualité de l’information et de renforcer la lutte contre la désinformation, qui fragilise la cohésion sociale.
À travers cette initiative, les autorités régionales réaffirment leur volonté d’accompagner les professionnels des médias et les organisations de la société civile dans la promotion d’une information fiable au service de la paix et du développement de la région de Mopti.
Yacouba Dramé