Deux cœurs, un procès, l’excision et une grâce : ce qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux maliens en août 2026
En août 2026, ces quatre actualités ont alimenté les conversations sur Facebook et TikTok au Mali. Deux cœurs interprétés comme un message politique, l’apparence physique de Ras Bath au tribunal, une affirmation trompeuse sur l’existence d’une loi interdisant l’excision et une grâce présidentielle entourée de spéculations. Retour sur ce qui s’est passé, ce qui s’est dit en ligne et ce que les faits permettent d’établir.
Mylmo, quand deux cœurs deviennent politiques
Au début du mois d’août, deux émojis ont suffi à déclencher une polémique. Le rappeur Mylmo a laissé deux « cœurs » pendant le direct TikTok d’une jeune femme, Fatim Walett, connue pour ses prises de position critiques envers les autorités de la Transition. Certains internautes favorables aux autorités y ont vu un soutien politique. D’autres ont estimé qu’un artiste pouvait manifester de la sympathie sans adhérer à toutes les opinions de la personne.
La date et le lien du direct d’origine n’ont pas pu être établis avec certitude. La polémique circulait toutefois déjà le 5 août, lorsque M7 TV-RMC publiait une vidéo intitulée « Mylmo, un j’aime sur une vidéo d’une jeune dame suscite la polémique ». Au 30 août, cette publication affichait 63 réactions et 5 commentaires. Son nombre de vues et ses éventuels partages n’étaient pas visibles.
Le 11 août, Djata Infos 24 relayait la réponse attribuée à Mylmo : l’artiste continuerait à laisser des cœurs « au sud » comme « au nord » pour promouvoir la cohésion. La publication totalisait 226 réactions, 13 commentaires et un partage.
Ras Bath, du procès judiciaire au « procès émotionnel »
Les 10 et 11 août 2026, Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, et Rokia Doumbia, connue sous les pseudonymes de « Rose Vie Chère » ou « Tata Rose », ont comparu devant la Cour d’appel de Bamako. Privés de liberté depuis mars 2023, ils étaient notamment poursuivis pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État » par le biais des technologies de l’information et de la communication. Le dossier portait notamment sur des interventions de Rokia Doumbia dans l’émission « Le Grand Dossier », animée par Ras Bath, consacrées à la cherté de la vie, aux délestages et aux difficultés des ménages.
Sur Facebook, les premières publications sur le procès portaient sur les débats à l’intérieur de la salle d’audience. Mais, au fil de la journée du 10 août, la conversation s’est déplacée vers l’apparence physique de Ras Bath. Les mots « amaigri » et « dépéri », accompagnés des images de son départ du tribunal à l’issue de la première journée du procès, ont suscité de l’empathie, de la tristesse, du soutien et, chez certains internautes, de l’indignation.
Un direct de Mali Actu consacré à la procédure atteignait, au 30 août, environ 163 000 vues, 4 800 réactions et 79 commentaires. Une vidéo de Télé Mali titrée « Le visage de Ras Bath a vraiment dépéri » cumulait environ 41 000 vues, 656 réactions et 73 commentaires.
Le procès judiciaire s’est ainsi doublé d’un « procès émotionnel » sur Facebook : dans les publications les plus visibles, les réactions ont davantage porté sur son état physique apparent que sur les accusations examinées par la Cour.
Le 17 août, Ras Bath et Rokia Doumbia ont été condamnés à dix ans de prison, dont trois avec sursis, ainsi qu’à une amende de 240 000 francs CFA chacune. Les avocats de la défense avaient annoncé leur intention de faire appel de la décision.
Excision : d’un débat médical à une controverse nationale
La controverse la plus durable du mois avait commencé le 21 juillet avec deux extraits de NG TV montrant Dr Mamadou Souaré et Dr Traoré Jack. Les médecins évoquaient les conséquences sanitaires et sexuelles de l’excision. Au relevé du 25 août, la vidéo avec Dr Souaré affichait 231 399 vues et celle avec Dr Traoré Jack 127 729, soit 359 128 vues cumulées sur TikTok.
Au début d’août, une plaque de l’ONG Sini Sanuman, Maison de l’Espoir, a affirmé qu’une loi assimilait désormais l’excision à une agression sexuelle punie de dix ans de prison et d’un million de francs CFA d’amende. Le 9 août, Idriss Martinez Konipo a relayé cette interprétation avant de supprimer sa vidéo, puis de présenter ses excuses et rectifier l’information. Le message de la plaque était trompeur : le Code pénal promulgué en décembre 2024 ne mentionne explicitement ni l’« excision » ni les « mutilations génitales féminines », même si certaines dispositions pourraient servir de fondement à des poursuites. La Voix de Mopti l’a expliqué dans une vérification.
À partir du 15 août, la campagne « Non à l’excision au Mali » a demandé une loi et annoncé une journée de sensibilisation pour le 22 août. Une vidéo de Dr Souaré consacrée à la mobilisation comptabilisait environ 20 000 vues, 1 000 réactions et 317 commentaires. Dès le 17 août, une contre-campagne « Oui à l’excision » a repris certains codes graphiques du « Non », en remplaçant notamment le rouge par le vert.
Le débat a alors quitté le seul terrain médical pour englober la loi, la religion, la culture, la souveraineté et les financements étrangers. Après la journée du 22 août, les publications ont continué, mais avec une intensité moindre. La Voix de Mopti en a retracé la chronologie détaillée.
Yann Vézilier, une grâce et l’hypothèse d’un échange
Le 13 août, le président de la Transition, Assimi Goïta, a accordé une grâce présidentielle à Yann Christian-Bernard Vézilier. Travaillant à l’ambassade de France à Bamako et présenté par les autorités maliennes comme un agent du renseignement français. Il avait été arrêté en août 2025 dans une affaire présentée par Bamako comme une tentative de déstabilisation, puis condamné en juin 2026 à vingt ans de réclusion. La France avait rejeté ces accusations.
Le Gouvernement du Mali a annoncé la grâce sur la chaîne publique, Ortm , en précisant qu’elle ne remettait pas en cause les faits établis par la justice et qu’elle s’accompagnait de son éloignement immédiat du territoire. Dans le communiqué, le gouvernement a également remercié un « pays frère » pour ses bons offices, sans le nommer. Le lendemain, la diplomatie française confirmait son retour en France. La vidéo gouvernementale totalisait environ 4 400 vues, 168 réactions et 14 commentaires.
Le même jour, l’armée malienne annonçait la libération de 82 militaires détenus par des groupes armés depuis les attaques du 25 avril 2025. La concomitance des annonces a nourri l’hypothèse d’un échange secret, résumée par un commentaire : « 1 contre 82 ». Pourtant, les communications officielles n’ont établi aucun lien entre les deux dossiers. Le Journal du Mali relevait également qu’aucun lien ne pouvait être démontré.
Le 20 août, une publication relayée sur la page de Guillaume Soro posait la question d’une « coïncidence diplomatique » ou d’une « mécanique secrète », tout en reconnaissant l’absence de preuve. Elle comptabilisait 295 réactions, 13 commentaires et 39 partages. D’autres publications ont évoqué un rôle du Maroc dans la médiation, mais le gouvernement malien n’a pas identifié publiquement le « pays frère » ayant facilité la grâce.
Un mois, quatre conversations différentes
Ces quatre séquences n’ont eu ni la même ampleur ni la même durée. La polémique autour de l’artiste Mylmo a été brève. Le procès de Ras Bath a suscité une mobilisation politique et émotionnelle. Le débat sur l’excision s’est étendu sur plusieurs semaines, tandis que la grâce de Yann Vézilier a donné lieu à des lectures diplomatiques et à l’hypothèse, non démontrée, d’un échange.
Elles montrent surtout comment l’actualité malienne se raconte désormais en temps réel sur les réseaux sociaux : un émoji devient un signe politique, un visage déplace la conversation autour d’un procès, une plaque d’ONG est interprétée comme une loi et deux annonces simultanées sont transformées en opération secrète.
Oumar Maïga