« Mougouli », « Jessica », « micro »… comment parle-t-on de sexe sur TikTok ?

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Sur TikTok, « chanter au micro » ne renvoie pas toujours à la musique. « Jessica » n’est pas nécessairement le prénom d’une personne et « parler en langue » peut décrire tout autre chose qu’une conversation dans une langue étrangère.

Des créatrices de contenus comme l’Ivoirienne Coach Hamond Chic organisent régulièrement des directs consacrés au couple, au mariage et à la sexualité. En janvier 2026, Coach Hamond Chic annonçait avoir atteint six millions d’abonnés sur TikTok. Certains de ses directs peuvent rassembler simultanément des dizaines de milliers d’internautes. Après leur diffusion, des extraits sont repris par d’autres comptes et continuent de circuler sur TikTok, Facebook ou YouTube.

Pour aborder la sexualité sans employer directement des mots comme « sexe », « pénis », « vagin » ou « fellation », ces créatrices et leurs communautés utilisent différentes expressions codées. Celles-ci rendent les propos moins explicites et peuvent aussi être utilisées pour tenter d’éviter certaines restrictions de TikTok.

Un petit dictionnaire sexuel codé

À partir de vidéos et de publications observées sur TikTok, La Voix de Mopti a recensé plusieurs expressions. Leur sens peut varier selon les pays, les communautés et le contexte dans lequel elles sont employées.

« Grai » ou « graï » signifie faire l’amour. Le mot apparaît notamment dans l’argot ivoirien, dans des chansons et dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

« Mougou » et « mougouli » renvoient aux relations sexuelles. Employé comme verbe, « mougou » signifie  faire l’amour, comme le relève le dictionnaire Orthodidacte. « Mougouli » désigne plutôt le rapport sexuel. Ces termes appartiennent au nouchi, l’argot populaire ivoirien, et leur usage ne se limite pas à TikTok.

« Doro » est également utilisé pour parler de relations sexuelles. Un article de RTL consacré aux expressions populaires chez les jeunes le présente comme un terme issu du bambara, pouvant désigner le pénis ou l’acte sexuel. Le média relève notamment sa diffusion sur TikTok, au-delà du Mali.

« Jessica » sert à désigner le sexe féminin. Une critique littéraire publiée en 2022 relève cet usage dans le langage populaire au Bénin et en Côte d’Ivoire. Ce sens est donc également documenté en dehors de TikTok.

« Chanter au micro », dans les vidéos observées par La Voix de Mopti, désigne une fellation. Le mot « micro » renvoie alors au pénis.

Enfin, dans certains contenus consultés, « parler en langue » décrit les paroles, les sons ou les gémissements qu’une personne peut émettre sous l’effet du plaisir sexuel. L’expression joue sur l’idée de prononcer des paroles inhabituelles ou difficiles à comprendre.

Pourquoi utiliser des expressions détournées ?

Les règles communautaires de TikTok n’interdisent pas toute discussion sur la sexualité. La plateforme autorise notamment les contenus d’éducation sexuelle et de santé reproductive, sous réserve du respect de ses règles. Elle interdit cependant la représentation d’activités sexuelles, les services sexuels, la nudité ainsi que les descriptions explicites d’actes sexuels ou de l’excitation sexuelle. Certains contenus suggestifs mettant en scène des adultes peuvent aussi être réservés aux personnes majeures et exclus du fil « Pour toi ».

Une étude publiée en 2023 dans la revue Social Media + Society, fondée sur des entretiens avec 19 créateurs de contenus sur TikTok, montre que certains adaptent leur vocabulaire pour éviter des sanctions qu’ils redoutent ou jugent injustifiées.

Les chercheurs précisent néanmoins que ces stratégies reposent en partie sur la perception que les créateurs de contenus ont du fonctionnement de TikTok. Les utilisateurs ne savent pas toujours quels mots sont effectivement surveillés ni pourquoi une publication est moins recommandée qu’une autre.

Des expressions qui ne sont pas toutes nées sur TikTok

Toutes ces expressions n’ont pas forcément été inventées pour tromper la modération. Plusieurs appartiennent à des usages linguistiques africains documentés dans la littérature, les chansons ou les conversations, sans que l’on puisse dater précisément l’origine de chacune.

TikTok contribue à leur circulation. La plateforme permet à des mots employés dans certains pays ou certaines communautés de toucher d’autres publics. Ces codes servent à éviter certains termes explicites, mais aussi à plaisanter, à évoquer un sujet tabou ou à créer une complicité entre ceux qui en comprennent le sens.

Ce vocabulaire peut aussi créer un décalage générationnel. Des jeunes comprennent des sous-entendus sexuels qui échappent parfois aux parents. Ces derniers peuvent ainsi avoir du mal à identifier la nature réelle de certains contenus regardés par leurs enfants.

Sur TikTok, comprendre une phrase dépend donc autant des mots employés que du contexte, des images et des codes partagés par ceux qui les utilisent.

Aliou Diallo

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