Éducation : rupture entre l’État et les écoles catholiques privées, un secteur en crise
Le 3 avril 2025, le gouvernement malien et la Conférence épiscopale ont signé à Bamako un protocole d’accord mettant un terme à la subvention financière que l’État accordait aux écoles catholiques privées. Une décision qui marque un tournant majeur pour l’enseignement catholique au Mali et qui risque d’entraîner de lourdes conséquences sociales.
L’article 1 du protocole stipule clairement : « Il est mis fin, à compter du 30 juin 2025, à la subvention financière accordée par l’État à la Conférence épiscopale du Mali dans le domaine de l’enseignement ». À partir de cette date, l’État se retire dans la gestion financière des établissements catholiques. Pour continuer à fonctionner, ces écoles devront désormais trouver d’autres sources de financement.
Des licenciements inévitables
Cette rupture de partenariat se traduit déjà par des inquiétudes parmi les enseignants.
À l’école catholique Ansama Augustin Togo de Pel-Maoudé, l’enseignant Diango Joseph Keïta explique que, dans le diocèse de Mopti, les lettres de licenciement n’ont pas encore été distribuées, mais l’issue semble inévitable.
« Les délégués du personnel ont été reçus par la direction diocésaine, qui nous a informés que le licenciement était inéluctable », confie-t-il.
Dans d’autres diocèses, la situation est déjà actée. La mesure concerne 1 613 enseignants répartis dans 138 établissements catholiques.
Pour Domo Ouologuem, enseignant à l’école Antoine Atoin Dara de Barapiréli, les établissements qui voudront poursuivre leurs activités devront revoir leur organisation.
« Certaines écoles pourraient réduire leurs effectifs et augmenter les frais de scolarité. Cela affecterait la qualité de l’enseignement et pousserait de nombreux parents, surtout en zone rurale, à désinscrire leurs enfants. D’autres pourraient devenir entièrement privées, excluant ainsi beaucoup d’élèves », analyse-t-il.
Malgré la fin des subventions, le protocole prévoit que l’État règle partiellement les arriérés convenus avec la Conférence épiscopale. Les enseignants licenciés auront droit à des indemnités de départ et de service rendu.
Une page se tourne donc pour l’enseignement catholique au Mali, laissant planer l’incertitude sur l’avenir de centaines d’écoles et de milliers d’élèves.
Youssouf Traoré