Mali : des journalistes entre passion et précarité
Une enquête nationale de l’Union des Journalistes Reporters du Mali révèle l’ampleur de la précarité dans laquelle travaillent les professionnels des médias. Entre absence de contrats, faibles rémunérations et insécurité croissante, le rapport dresse un tableau préoccupant de la presse malienne.
Une enquête menée par l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM) met en lumière la précarité croissante du métier de journaliste. Réalisée entre mars et juillet 2025 dans neuf localités du pays, elle a permis de recueillir les témoignages de 300 journalistes et 100 patrons de presse issus de la radio, de la presse écrite, de la télévision et de la presse en ligne. Le rapport a été présenté au public le 20 août 2025.
L’objectif était de dresser un état des lieux des conditions de travail et d’alerter sur la nécessité de mieux protéger les professionnels des médias.
Des chiffres préoccupants
La radio, avec plus de 400 stations, demeure le principal média au Mali et représente 60 % des répondants à l’enquête. Mais les conditions de travail y sont marquées par une grande fragilité. Près de 63 % des journalistes interrogés n’ont aucun contrat formel et 74,5 % ne bénéficient d’aucune couverture sociale. La moitié d’entre eux n’a pas de salaire fixe, et parmi ceux qui en perçoivent un, plus de la moitié gagnent au niveau ou en dessous du SMIG (40 000 F CFA). La grande majorité n’a pas de plan de carrière et une part importante ignore les dispositions de la convention collective de la presse.
Les patrons de presse interrogés confirment ces difficultés. 60 % des organes n’inscrivent pas leurs journalistes à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) ou à l’Assurance maladie obligatoire (AMO). La plupart des rédactions fonctionnent avec de petites équipes, souvent limitées à deux journalistes. Seul un tiers affirme avoir mis en place un plan de carrière.
Entre pressions et insécurité
Au-delà de la précarité financière, les reporters disent subir des intimidations, des formes de censure ou d’autocensure, ainsi que des obstacles dans l’accès à l’information, notamment auprès des services publics. Dans certaines zones du pays, ils doivent également affronter des risques physiques liés à l’insécurité.
Selon le président de l’UJRM, Boubacar Kanouté, les constats sont alarmants. « Notre objectif n’est pas seulement de dénoncer, mais surtout de proposer. Proposer un cadre de dialogue entre journalistes, employeurs et autorités ; proposer l’application effective des lois et conventions existantes ; proposer un mécanisme de protection sociale adapté aux journalistes ; proposer enfin des programmes de formation continue pour renforcer les capacités de notre profession », explique-t-il.
Pour faire face à cette situation, l’UJRM recommande la tenue d’États généraux de la presse, l’application stricte du Code du travail et la reconnaissance du statut des journalistes freelances et communautaires. L’organisation appelle également à un soutien accru de l’État et des partenaires techniques et financiers, notamment à travers la formation, l’équipement et un meilleur accompagnement social.
Malgré ces conditions difficiles, les journalistes maliens continuent d’assumer un rôle central dans la vie démocratique du pays. Le rapport souligne l’urgence d’une volonté politique et de partenariats solides afin de restaurer la dignité du métier et de renforcer une presse libre, responsable et influente.
La Rédaction