L’Essor, L’Œil du Mali, El Watan, : comprendre le détournement de médias
En quelques jours, le quotidien algérien El Watan et deux journaux maliens, L’Œil du Mali et L’Essor, ont vu leur identité utilisée dans des publications qu’ils n’avaient pas produites. Ces cas illustrent une technique de manipulation fondée sur la crédibilité des médias.
Une fausse Une annonçant la mort d’Iyad Ag Ghali, un compte TikTok attribué à L’Œil du Mali et une prétendue première page de L’Essor faisant la promotion d’une vente de parcelles : les contenus et les objectifs diffèrent, mais le procédé reste le même.
Le nom, le logo ou la présentation d’un média reconnu sont utilisés pour crédibiliser une publication. Cette technique, appelée ici « détournement de média », correspond principalement au « contenu imposteur » : l’usurpation d’une source authentique.
Trois médias, trois détournements
Le premier cas concerne El Watan. Une image présentée comme la Une de son édition numéro 10870 du 11 juillet 2026 annonçait la mort d’Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
La consultation de l’édition originale révèle le montage. La véritable première page est consacrée à la sortie de promotions de l’Académie militaire de Cherchell, sous le titre « Une nouvelle génération d’officiers ». Le faux conserve le nom, la présentation, la date et le numéro d’une véritable édition afin de paraître crédible.

Le deuxième cas touche L’Œil du Mali. Un compte TikTok utilisant son nom et son logo a affirmé, le 22 juillet, que le Bureau du Vérificateur Général avait relevé plus de 425 millions de FCFA d’irrégularités dans la gestion de l’Institut national de santé publique (INSP).
Soumaila Tiéblé Traoré, directeur de publication, a démenti toute implication de son journal. Selon lui, L’Œil du Mali, publié en version papier, ne possède aucun compte Facebook, X ou TikTok. Il a annoncé une plainte pour usurpation de titre.
La publication comporte aussi une incohérence visuelle : le texte parle de l’Institut national de santé publique, l’INSP, tandis que le logo utilisé est celui de l’Institut national de prévoyance sociale, l’INPS.

Cette usurpation ne signifie pas cependant que tous les éléments publiés sont faux. Le Bureau du Vérificateur Général a mis en ligne, le 21 juillet, un rapport de vérification financière sur la gestion de l’INSP. Les chiffres doivent donc être vérifiés séparément. Ce qui est établi, c’est que la publication ne vient pas de L’Œil du Mali.
Le troisième cas concerne L’Essor, le quotidien national d’information du Mali. Une prétendue Une datée du 27 juillet faisait la promotion d’une « vente exceptionnelle » de parcelles attribuée à l’Agence de cessions immobilières (ACI-SA). Elle demandait notamment 50 000 FCFA de frais de dossier.
La fausse première page reprend le nom de L’Essor et le logo de l’ACI-SA. Elle renvoie vers « aci-sa.com/m », alors que le site officiel de l’agence est « aci-sa.ml ». L’Essor a dénoncé de « fausses manœuvres » et l’ACI-SA a démenti être à l’origine de l’offre. PesaCheck a également conclu que le document ne provenait pas de l’agence.

Dans ce cas, le détournement peut exposer les internautes à une tentative d’escroquerie. L’identité du quotidien national et celle d’une agence publique donnent à l’offre une apparence institutionnelle susceptible de rassurer les victimes.
Une crédibilité empruntée
Selon First Draft, le « contenu imposteur » apparaît lorsqu’une source authentique est imitée. Les auteurs de ces publications empruntent ainsi la réputation de médias déjà connus au lieu de construire leur propre crédibilité.
Sur WhatsApp, Facebook ou TikTok, les contenus circulent souvent sous forme de captures d’écran sans lien vers la source. L’internaute reconnaît le logo et peut partager la publication sans vérifier si le média l’a réellement produite.
Le préjudice est double, le public est trompé sur l’origine du contenu et la réputation du média est atteinte. Même après un démenti, certains internautes peuvent continuer à croire que la rédaction est responsable de la publication.
Les réflexes de vérification
Face à une Une ou à une publication spectaculaire, il faut d’abord rechercher le contenu sur les supports officiels du média. Le nom, le logo et le nombre d’abonnés d’un compte ne suffisent pas à prouver son authenticité.
L’adresse du site doit également être examinée. Quelques lettres ou une extension différente peuvent séparer un domaine officiel d’une imitation. Les incohérences internes, comme la confusion entre l’INSP et l’INPS, constituent aussi des signaux d’alerte.
Enfin, deux questions doivent être distinguées : le média a-t-il réellement publié le contenu et l’information elle-même est-elle exacte ? Démontrer l’usurpation d’un média ne suffit pas toujours à démentir l’affirmation diffusée. Celle-ci doit faire l’objet d’une vérification séparée.
Face à une capture d’écran, il faut donc se demander : « Qui l’a réellement publiée et puis-je la retrouver sur une source officielle ? »
Oumar Maiga