Biennale Tombouctou 2025 : Mopti, « Force tranquille » entre patience, foi et responsabilité ! 

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À la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou, la troupe de Mopti s’est imposée comme l’une des expressions les plus éloquentes de la résilience culturelle malienne. Derrière ses prestations de danse, de musique et de théâtre, se dessine une histoire faite de contraintes, d’attentes prolongées, mais surtout d’une foi intacte dans le rôle rassembleur de la culture. Sous la conduite de Isaac Dackuo, chef de la troupe, Mopti a démontré que l’art peut tenir debout même lorsque les conditions sont fragiles.

Le parcours de la troupe avant d’atteindre Tombouctou illustre déjà cette détermination. La participation à la Biennale est précédée de plusieurs étapes successives : la phase communale, puis la phase régionale, avant la phase nationale. Dans la région de Mopti, ce processus s’est heurté à de nombreuses difficultés. Selon Isaac Dackuo, seuls quatre cercles ont pu prendre part à la phase régionale, principalement en raison du manque de moyens financiers et des défis sécuritaires persistants. Plus contraignant encore, certains cercles ont été formellement interdits de participer, une situation qui a privé plusieurs communautés de l’opportunité de faire entendre leur voix artistique.

Les obstacles à la participation

Malgré ces obstacles, la région est parvenue à constituer une troupe capable de représenter dignement Mopti à Tombouctou. Initialement, un arrêté fixait le nombre de participants à 60 personnes. Mais les réalités logistiques, notamment le coût élevé du transport aérien, ont conduit à une révision de ce chiffre. Finalement, 50 artistes ont effectué le déplacement. Ce choix, bien que difficile, a été dicté par le pragmatisme. Beaucoup sont restés à Mopti, mais ceux qui ont été retenus portaient la responsabilité symbolique de représenter tous les autres.

L’un des épisodes les plus marquants de cette participation reste l’arrivée tardive de la troupe à Tombouctou. Un retard que Isaac Dackuo dit ne pas pouvoir expliquer lui-même, estimant que seules les autorités compétentes en détiennent les raisons exactes. Ce qui est certain, c’est que les dates de départ ont été repoussées, plongeant artistes et encadreurs dans une attente longue et éprouvante. L’essentiel, souligne-t-il toutefois, est que la troupe soit finalement arrivée à Tombouctou et ait pu participer à la Biennale.

Ce retard n’a pas été sans conséquences sur le travail artistique. Pendant que certains membres étaient déjà présents à Tombouctou, une grande partie de la troupe se trouvait encore à Mopti. Les répétitions se faisaient alors en deux groupes distincts, à distance les uns des autres. Une situation qui a inévitablement affecté la cohésion du groupe et le mental des artistes. Le chef de troupe reconnaît que cette séparation a pesé sur la qualité du travail collectif. Face à cela, les responsables n’avaient guère de marge de manœuvre. Informées de la situation, les autorités observaient, tandis que la troupe, confiante, continuait de se préparer dans l’attente du moment où elle serait enfin réunie au complet.

Le rassemblement autour de la patrie 

Sur scène, la troupe de Mopti a choisi de répondre à ces épreuves par un message clair et fédérateur. La danse traditionnelle, dont le titre en peul se traduit par « Donnons-nous la main et bâtissons le Mali », est emblématique de cette orientation. Ancrée dans le milieu peul, la danse met en scène un rituel social où les jeunes filles doivent choisir le meilleur homme. Au-delà de la tradition, la chorégraphie porte un message plus large : celui de l’unité, du choix responsable et de la construction collective de la nation.

À la salle Ali Farka Touré, l’orchestre de Mopti a exploré plusieurs thématiques majeures. Parmi elles, un hommage appuyé à l’armée malienne, thème largement partagé par de nombreuses troupes lors de cette Biennale. D’autres compositions ont abordé la paix, l’union et la cohésion sociale, rappelant que la musique reste un langage universel capable de rassembler au-delà des différences. La pièce de théâtre présentée par la troupe s’est inscrite dans cette même logique, utilisant la scène comme un espace de réflexion collective sur le vivre-ensemble et la solidarité nationale.

En dehors des scènes, l’expérience humaine a également marqué les esprits. Logée au complexe scolaire privé Beyrey, la troupe de Mopti partage son cadre de vie avec celles de Kita et de Bougouni. Une cohabitation que Isaac Dackuo considère comme un véritable atout. Attentif aux détails, il souligne la qualité de l’accueil : « Lorsque j’arrive dans un endroit, mon premier souci, ce sont les toilettes. Ici, les toilettes et les chambres sont très propres. » Au-delà du confort, cette proximité entre troupes a favorisé des échanges riches, renforçant une cohésion interrégionale qui incarne l’esprit même de la Biennale.

Pour le directeur de la troupe, la tenue de la Biennale à Tombouctou revêt une portée symbolique forte. Elle constitue un signal clair envoyé par l’État malien. « Le pari a été relevé », affirme-t-il avec conviction. Il insiste également sur la nécessité de déconstruire certaines perceptions : « Quand on est ailleurs, on pense que c’est le KO, alors que ce n’est pas le cas. Tombouctou est d’ailleurs plus sécurisée que d’autres régions du Mali. »

La participation de la troupe de Mopti à la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou dépasse le simple cadre de la compétition ou de la prestation artistique. Elle raconte une histoire de patience, de foi et de responsabilité collective. Malgré les retards, les restrictions et les difficultés, Mopti a su affirmer une présence digne, portant un message d’unité et de confiance. Une présence qui rappelle, avec force et sobriété, que la culture demeure l’un des piliers les plus solides de la cohésion nationale. 

Issouf Koné


Cet article de Issouf Koné a été d’abord publié sur Kone’xion Culture

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